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Que vous approuviez ou non l'angle de recherche d'Odon Vallet dans son ouvrage consacré au procès de Wilde, j'ai choisi trois textes qui permettront de discuter, si vous le souhaitez, de l'évolution de la loi sur l'homosexualité, et en dehors d'elle, de l'évolution des moeurs à ce propos. Ce ne sont que des propositions ! Parlez de tout ce que cela vous inspire...
(…) En Grande Bretagne, le Parlement débat, en 1885, d’un paragraphe complétant la loi criminelle en précisant : « Tout homme qui, en public ou en privé, commet un acte d’indécence grave avec une autre personne du sexe masculin, ou est complice d’un tel acte, ou favorise ou essaye de favoriser la participation à cet acte se rend coupable d’un délit passible, à la discrétion de la cour, d’une peine de prison, n’excédant pas deux ans, avec ou sans travaux forcés. »
La loi n’évoque pas les relations entre personnes de sexe féminin et la reine Victoria aurait ainsi justifié ce silence : « Jamais une femme ne ferait une chose pareille. »
Odon Vallet, L’Affaire Oscar Wilde, Folio Gallimard, 1997, p. 31.
Lord Alfred Douglas, avant de connaître l’intégralité du texte de De profundis, rédigea un sonnet en hommage à Oscar Wilde quelques mois après sa mort, en 1901 :
LE POÈTE MORT
En rêve, la nuit dernière, je l’ai vu. Son visage
Rayonnant, n’avait pas cette ombre du malheur ;
Et comme autrefois, impondérable, musicale,
J’entendais sa voix d’or ; je le voyais découvrir
La grâce cachée des choses communes,
Et conjurer les charmes du vide même,
Au point de revêtir les choses de beauté, comme d’une robe,
Et de faire du monde, un séjour enchanté.
Puis je me vis devant une grille verrouillée,
Pleurant sur la perte de mots inexprimés
De contes oubliés, de mystères à demi révélés,
De merveilles inconnues qui pouvaient voir le jour,
Et de penser sans voix, pareille à des oiseaux chanteurs poignardés ;
Et quand je m’éveillai, je sus qu’il était mort…
Lord Alfred Douglas, Oscar Wilde et moi, Ed° Emile-Paul Frères 1914, p. 19.
Nous choisissons en guise de premier poème celui que Wilde dédia à Keats, mort à l’âge de 25 ans d’une tuberculose.
Wilde n'a donc pas le temps ni le désir d'user de son cynisme pour sculpter le non-sens ou le vide de l'existence de l'Autre. Ici, il pleure celui qui s'en est allé avec son oeuvre pour les autres, avant de s'être encombré l'esprit des stratégies subversives du vouloir-vivre.
Les thèmes de pureté et d'injustice se retrouvent devant le cercueil de Keats.
LA TOMBE DE KEATS
Délivré de ce monde injuste, et de sa peine,
Il se repose enfin sous le dais bleu de Dieu,
Emporté quand amour et vie s’ouvraient radieux,
Le plus jeune martyr gît, ici, dans la plaine,
Comme Sébastien, beau et mort, adulte à peine.
Nul cyprès sur sa tombe et nul if ténébreux,
Mais la violette, avec de la rosée aux yeux,
Lui tisse, de ses fleurs, une éternelle chaîne.
Toi, le plus fier des cœurs, que le malheur brisa !
Ta lèvre douce – ainsi qu’à Mytilène – enchante !
Toi, le poète-peintre de notre Angleterre !
Ton nom demeurera – écrit sur l’eau naguère ;
Et mes pleurs garderont ta mémoire vivante,
Comme le basilic, qu’Isabelle arrosa.
Oscar Wilde, Œuvres, Le Livre de Poche, La Pochothèque, 2003, p. 59.
Traduction Charles Grolleau. |
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